Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux en mai 2026, Marion Maréchal, figure politique d'extrême droite, s'en prend à l'élu LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, en dénonçant ce qu'elle qualifie de « sourire Tasty Crousty » qu'arborerait ce dernier. Ce qu'elle méprise n'est évidemment pas le simple sourire de l'élu, mais l'apparente aisance politique d'une personne qui incarnerait, dans son imaginaire, un groupe de consommateurs issus des quartiers populaires, d'origine immigrée et non blancs.

Loin d'être une simple saillie humoristique, le débriefing de cette séquence met en lumière un mécanisme récurrent du discours d'extrême droite : l'instrumentalisation des habitudes de consommation à des fins de stigmatisation et de construction d'un récit identitaire d'exclusion.

En associant un représentant politique noir à une chaîne de restauration rapide emblématique des quartiers populaires et implantée à Saint-Denis, la séquence active une discrimination par variable de substitution. Ce concept socio-politique désigne l'utilisation d'un critère en apparence neutre (ici une habitude de consommation ou des préférences alimentaires) pour viser et rejeter indirectement un groupe ethnique, social, culturel ou une origine géographique, sans formuler explicitement de propos discriminatoires directs.

Cette prise de parole démontre que le commerce n'est pas neutre politiquement. Les choix d'enseignes, la fréquentation de certains lieux et les modes de vie des consommateurs deviennent ainsi le terrain d'expression de logiques d'exclusion identitaire.

Pourtant, cette dépréciation ne repose sur aucune réalité objective, qu'elle soit économique, sociologique ou sécuritaire. Les commerces ainsi ciblés ne sont que les objets involontaires d'un discours politique discriminant qui projette des préjugés sur le marché. L'analyse de cette séquence montre clairement que l'acte de consommation quotidien peut être détourné de sa neutralité pour devenir une frontière idéologique.

Note éditoriale : Par choix éditorial, nous ne diffuserons pas cette séquence dans cet article afin de ne pas relayer de propos discriminatoires ou racistes, bien qu'elle reste facilement accessible sur les plateformes vidéo.